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Le Soudan du Sud demeure en crise

Le plus jeune pays du monde a eu quatre ans le 9 juillet dans l’indifférence quasi générale. Aucun des grands médias canadiens n’en a fait mention, ce qui n’est pas très surprenant dans le contexte mondial tumultueux que nous connaissons actuellement.

Or, pendant que le monde a les yeux ailleurs, ce jeune pays est depuis 19 mois en proie à une guerre civile. Le conflit politique d’une extrême violence a jusqu’ici causé le déplacement de deux millions de personnes, dont le quart a dû trouver refuge dans les pays voisins. Aujourd’hui, dans ce nouveau pays qui fondait de réels espoirs de paix et de prospérité, seulement 45 % de la population a accès à l’eau potable. Le prix des denrées de base, comme la farine, l’huile à cuisson et les légumes, a grimpé au point où les ménages doivent y consacrer quelque 80 % de leurs revenus.

Après avoir évité de justesse une famine l’an dernier, le pays compte en ce septième mois de 2015 4,6 millions de personnes aux prises avec une insécurité alimentaire grave, soit 40 % de sa population. Parmi celles-ci, près de 250 000 enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition sévère.

Voilà la triste situation au Soudan du Sud, situation qui ne cesse de s’aggraver.

Selon l’ONU, 1,8 milliard de dollars américains seront nécessaires cette année seulement pour porter assistance aux Sud-Soudanais. Des efforts internationaux sont déployés afin d’apporter de l’aide à ces millions de personnes dont les moyens de subsistance et la sécurité sont compromis par la crise. Des agences de secours humanitaires, comme les membres de la Coalition Humanitaire (les affiliées canadiennes de CARE, d’Oxfam, de Plan et d’Aide à l’enfance) étaient à pied d’œuvre bien avant les violents affrontements de décembre 2013, et le sont toujours. Elles creusent des puits, installent des stations d’assainissement de l’eau, fournissent des vivres, des abris temporaires et des services médicaux, et érigent des espaces sécuritaires pour les enfants.

En répondant aux besoins d’urgence et de développement dans la région, ces ONG ont établi au fil des ans des liens de confiance avec des organisations partenaires. Elles connaissent donc tristement bien l’impact humanitaire du conflit. Afin de joindre les personnes les plus vulnérables et leurs familles, elles déploient tous les moyens à leur disposition et que leur permettent des ressources financières limitées, font appel aux bailleurs de fonds et donateurs, et sensibilisent les gouvernements du monde quant à la situation au Soudan du Sud.

Au Canada, le ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement (MAECD) a souligné l’anniversaire du Soudan du Sud en lançant, dans un bref communiqué, un appel à la paix dans le pays. La semaine suivante, il annonçait l’octroi de 40 millions de dollars pour la mise en œuvre de programmes visant à accroître la production alimentaire et à soutenir les fermiers au Soudan du Sud.

Ces actions sont évidemment les bienvenues, mais la Coalition Humanitaire et ses agences membres croient qu’il faut consentir de plus amples efforts pour mettre un terme au conflit armé immédiatement et aider les personnes qui en ont subi les immenses contrecoups. Ces efforts pour rétablir la paix et soutenir la population sud-soudanaise ont besoin d’un champion. En tant que membre du G7, le Canada devrait selon nous jouer ce rôle phare, sur les plans tant diplomatique que financier.  

L’escalade des combats et les menaces à la sécurité des civils sont à l’origine des déplacements de la population, déplacements qui empêchent les fermiers de faire leurs semences et leurs récoltes. En résultent des pénuries alimentaires et des prix astronomiques sur les marchés. Ce cycle dangereux provoque également l’éclatement d’innombrables collectivités.

Nous, experts en matière d’aide humanitaire, l’ONU et les gouvernements donateurs comprenons bien cette dynamique. C’est pourquoi nous avons le devoir de la désamorcer. Pour y arriver, il faudra de considérables ressources financières, un engagement politique inébranlable et, par-dessus tout, un sentiment d’urgence qui a jusqu’ici fait cruellement défaut.

L’an prochain, le Soudan du Sud fêtera son cinquième anniversaire. Nul besoin de gâteau. Assurons-nous simplement que tous les Sud-Soudanais aient de quoi manger. Ce sera une raison amplement suffisante pour célébrer.

 

Nicolas Moyer

Directeur général

Coalition Humanitaire

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Pour toute requête médiatique, veuillez nous contacter au 647-517-4563 ou media@coalitionhumanitaire.ca

 

La Coalition humanitaire (CH) réunit organismes d’aide de premier plan afin d’offrir aux Canadiennes et aux Canadiens un moyen simple et efficace d’apporter leur soutien lors de catastrophes humanitaires internationales. La CH agit également en partenariat avec Affaires mondiales Canada afin de permettre à ses organismes membres de répondre à des désastres moins connus de petite et de moyenne envergure.