Schéhérazade Bouabid : raconter l’urgence humanitaire autrement | Coalition humanitaire
Interviewing displaced persons in Kasai, DRC
Interviewing displaced persons, living in a church in Kasai, DRC
En entretien avec des personnes déplacées, hébergées dans une église du Kasai, RDC. Photo : John Wessels/Oxfam
Schéhérazade Bouabid : raconter l’urgence humanitaire autrement
le 19 août 2019
« C’est une évidence que les dons permettent de répondre aux crises, mais aussi de renforcer les organisations locales »

« Elle avait réintégré son école, mais sa classe était vide, se souvient Schéhérazade Bouabid au sujet de cette institutrice en République démocratique du Congo, rejetée par sa communauté après avoir été guérie de la maladie à virus Ebola.

« Les parents ne voulaient pas lui confier leurs enfants. Ils avaient peur de la maladie. Nous l’avons aidée à faire de la pédagogie pour que son entourage comprenne qu’elle était bel et bien guérie. Après cela, les enfants sont revenus et elle a finalement pu reprendre son métier. C’est extraordinaire de pouvoir faire ce genre de différence dans la vie des gens. »

Après avoir débuté sa vie professionnelle en gestion de projet dans le milieu de la culture à Montréal, Schéhérazade Bouabid s’est envolée en juillet 2017 pour une mission comme conseillère technique auprès d’Oxfam-Québec en République démocratique du Congo.

« Je suis arrivée dans un contexte particulier avec des crises humanitaires dans cinq provinces du pays, dont l’insécurité alimentaire et l’épidémie de la maladie à virus Ebola qui se poursuivent aujourd’hui, explique la jeune femme. Mon travail, c’était d’être au fait de ces évènements et de les faire connaître au grand public, en produisant des images et en récoltant des témoignages pouvant être utilisés par les médias. Je devais montrer les problèmes, bien sûr, mais aussi les mécanismes de solidarité qui se mettent en place au sein de la population. »

Guidée par sa sensibilité et les conseils des acteurs humanitaires et des journalistes auprès desquels elle travaillait, Schéhérazade a rapidement appris à se faire accepter par les communautés locales.

« Certaines populations estiment avoir été abandonnées par leur gouvernement depuis des années, poursuit-elle. Elles développent une méfiance envers tout ce qui peut être perçu comme institutionnel, notamment les agences humanitaires. Tu ne peux pas arriver et mettre ta caméra dans le visage des gens. Il y a tout un processus pour gagner leur confiance. »

Loin de l’image misérabiliste que certains projettent sur les pays en proie à des crises humanitaires, Schéhérazade a placé, tout au long de sa mission, la dignité et la force des personnes qu’elle rencontrait au centre de son travail de recherche documentaire. 

En cette Journée mondiale de l'aide humanitaire, elle incite les Canadiennes et les Canadiens à soutenir les organismes humanitaires :

« C’est une évidence que les dons permettent de répondre aux crises, mais aussi de renforcer les organisations locales, commente-t-elle. Elles sont les mieux outillées pour construire l’avenir de leur région, ce qui veut dire répondre aux crises, mais aussi réduire les risques durablement. »

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