Déplacement forcé : qu'est-ce que cela signifie vraiment?
Lorsqu'une catastrophe survient ou qu'un conflit éclate, les gens ne quittent pas leur foyer parce qu'ils le veulent. Ils partent parce qu'il n'est plus sécuritaire d'y rester.
Les personnes qui sont contraintes de fuir leur foyer en raison d'un conflit, de la violence, de la persécution ou de catastrophes sont appelées des personnes déplacées de force.
Le déplacement forcé peut prendre de nombreuses formes. Cela peut signifier franchir une frontière à la recherche de protection, fuir vers un camp temporaire dans son propre pays, attendre pendant des années qu'une demande d'asile soit traitée, ou naître en situation de déplacement sans citoyenneté. Chaque situation a une signification juridique différente, mais elles sont toutes façonnées par la même quête de sécurité et de dignité.
Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, à la fin de juin 2025, 117,3 millions de personnes avaient été contraintes de fuir leur foyer dans le monde. Derrière ce chiffre se trouvent 117 millions d'histoires individuelles, de vies et de raisons d'agir.
Ces 117,3 millions d'histoires montrent que le déplacement ne se vit pas d'une seule manière. C'est une expérience multidimensionnelle façonnée non seulement par les conflits, les catastrophes, la persécution et les changements climatiques, mais aussi par la résilience, la communauté et la survie. Cet article de blogue explore les différents termes utilisés pour décrire le déplacement forcé, notamment réfugié, demandeur d'asile, personne déplacée à l'intérieur de son propre pays (PDI) et personne apatride. À travers des récits et des statistiques, nous examinerons leurs différences et ce qu'ils ont en commun : chaque personne contrainte de fuir mérite dignité et soutien.
Réfugiés : au-delà des idées reçues
Malgré la fréquence à laquelle le mot « réfugié » est utilisé dans le discours public, les réfugiés représentent moins du tiers de la population mondiale déplacée de force.
À l'approche de la Journée mondiale des réfugiés, le 20 juin, il est important non seulement de reconnaître les réfugiés, mais aussi de comprendre les nombreuses expériences de déplacement qui se cachent derrière les statistiques.
Les réfugiés sont des personnes qui ont été forcées de fuir leur foyer et de chercher refuge dans un autre pays. Il convient de noter que le terme « réfugié » correspond à un statut juridique qui doit être évalué officiellement. Toute personne qui fuit vers un autre pays ne sera pas nécessairement reconnue comme réfugiée.
Voici comment la Convention relative au statut des réfugiés de 1951 définit un réfugié :
« craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays. »
Pour de nombreuses familles, devenir réfugié est une réalité soudaine et inattendue. Des foyers sont abandonnés en quelques heures et les routines quotidiennes disparaissent du jour au lendemain. Même si cette description peut sembler raconter une perte continue, les récits de réfugiés vont bien au-delà.
L'histoire de Fatouma montre comment le déplacement peut s'étendre sur des années et toucher plusieurs générations. Après avoir fui la Syrie vers le Liban avec sa famille en 2011, elle a passé plus de dix ans à vivre dans une tente et à subvenir aux besoins de ses enfants grâce à un travail faiblement rémunéré. La fille de Fatouma, Lana, a trouvé de la joie dans un espace d'apprentissage adapté aux enfants soutenu par la Banque canadienne de grains alimentaires. Même après que de nouvelles hostilités ont détruit leur tente et les ont forcées à fuir de nouveau, Lana s'est accrochée à son rêve d'étudier. « Elle aime apprendre. Ici, c'est chez elle », a déclaré Fatouma.
Pour certains réfugiés, il existe l'espoir d'un retour. Le HCR signale qu'un grand nombre de réfugiés rentrent chez eux chaque année lorsque les conditions dans leur pays d'origine s'améliorent. Pour d'autres, la réinstallation peut offrir une solution sûre et durable, en apportant une protection aux réfugiés ayant des besoins aigus et en réduisant les risques liés aux parcours dangereux. Le HCR estime qu'environ 2,5 millions de réfugiés dans le monde auront besoin d'être réinstallés en 2026.
Personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays : la plus importante population déplacée
Bien que les réfugiés soient souvent au centre des discussions internationales, les personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays (PDI) représentent environ 70 % de la population mondiale déplacée de force.
Les PDI sont contraintes de fuir pour plusieurs des mêmes raisons que les réfugiés, mais elles restent à l'intérieur de leur propre pays. Cette distinction est importante, car le franchissement d'une frontière internationale détermine les protections juridiques et l'appui international qui leur sont accessibles. Puisque les PDI demeurent dans leur propre pays, elles dépendent souvent de systèmes nationaux déjà débordés et peuvent recevoir moins d'attention et de protection internationales que les réfugiés.
Aujourd'hui, le déplacement interne demeure à des niveaux presque records dans le monde.
Selon le Rapport mondial 2026 sur le déplacement interne du Centre de surveillance des déplacements internes, 82,2 millions de personnes vivaient en situation de déplacement interne dans le monde. Cela représente environ deux fois la population du Canada. Environ 83 % avaient été déplacées par les conflits et la violence, tandis qu'environ 17 % l'avaient été par des catastrophes.
Derrière ces chiffres se trouvent des familles qui prennent des décisions impossibles en pleine crise. Elles décident si elles doivent rester ou fuir, où s'abriter et comment protéger les personnes les plus proches d'elles tout en faisant face à l'incertitude.
Au Tchad, Negeum Alice et ses cinq enfants ont vécu cette réalité lorsque des inondations ont détruit leur maison, leurs terres agricoles et leurs moyens de subsistance après de fortes pluies qui ont touché les 23 provinces du pays. En tant que principale pourvoyeuse de sa famille, Negeum soutenait ses enfants grâce à l'agriculture. « Avec toutes les difficultés que je traversais, la crue est arrivée et a détruit tout ce que j'avais cultivé, ainsi que l'endroit où je vivais avec mes enfants », s'est-elle souvenue.
Negeum Alice a reçu de l'aide sur le site de secours de Sokolo. Elle explique : « Ne sachant pas où aller ni quoi faire, je suis venue m'installer sur le site. » Après son déplacement, sa famille a reçu des articles essentiels comme du savon, des moustiquaires, des couvertures et des contenants d'eau propre grâce au soutien d'Oxfam-Québec.
Pour de nombreuses personnes, le déplacement interne dure des années, voire des décennies. Il devient une réalité façonnée par des déplacements répétés, des moyens de subsistance détruits, une éducation interrompue et le défi de la reconstruction.
Malgré le nombre vertigineux de PDI dans le monde, les personnes déplacées à l'intérieur de leur pays sont souvent moins visibles dans les discussions mondiales sur le déplacement forcé, parce qu'elles n'ont pas franchi de frontière internationale.
Demandeurs d'asile : faire face à l'incertitude
Avant qu'une personne puisse être officiellement reconnue comme réfugiée, elle doit demander l'asile. Un demandeur d'asile est une personne qui cherche une protection internationale et dont la demande de statut de réfugié n'a pas encore été tranchée.
Certains demandeurs d'asile attendent des mois, voire des années, la décision qui déterminera s'ils peuvent rester en sécurité dans un autre pays ou s'ils devront retourner dans le pays qu'ils ont fui.
À la fin de juin 2025, on comptait 8,4 millions de demandeurs d'asile dans le monde.
L'incertitude est visible tout au long des parcours de déplacement. Au Guatemala, où Plan International Canada offre un soutien médical et psychosocial, de la protection, un abri et une aide financière aux migrants refoulés par d'autres pays, la PDG de l'organisation, Lindsay Glassco, a décrit des enfants et des familles partis « quelques jours, voire quelques mois ou années plus tôt » pour fuir la violence et la pauvreté, avant de revenir après un processus d'asile pouvant s'étirer sur plusieurs mois.
Il est important de se rappeler que chaque réfugié a d'abord été un demandeur d'asile et que derrière chaque catégorie juridique se trouve une personne qui cherche à protéger sa famille et à reconstruire une certaine stabilité.
Personnes apatrides : vivre sans citoyenneté
Dans le monde, des millions de personnes vivent dans une situation juridique particulière : elles sont apatrides. Cela signifie qu'aucun pays ne les reconnaît comme citoyens. Le fait d'être apatride peut rendre les personnes particulièrement vulnérables lorsque les conflits, la persécution ou les catastrophes les forcent à se déplacer, parce qu'elles peuvent ne pas avoir les documents ni la protection étatique nécessaires pour franchir les frontières en toute sécurité.
L'apatridie peut influencer presque tous les aspects de la vie quotidienne, notamment l'accès à l'éducation, aux soins de santé, à l'emploi et à la liberté de circulation. Pour les personnes contraintes de fuir leur foyer et leur pays, ces facteurs peuvent rendre le déplacement encore plus précaire. Certaines personnes apatrides peuvent devenir réfugiées, mais beaucoup n'ont jamais franchi de frontière internationale. Elles demeurent largement invisibles dans la conversation mondiale sur le déplacement, même lorsqu'elles vivent sans les droits que procure la citoyenneté.
L'expérience du peuple rohingya montre comment l'apatridie peut rendre le déplacement encore plus précaire. Les Rohingyas sont un groupe indo-aryen apatride qui subit depuis des décennies la persécution et la violence. Des centaines de milliers d'enfants rohingyas à travers l'Asie font face à de sévères restrictions de leurs droits, notamment un accès limité à l'éducation, aux soins de santé et à la liberté de circulation, en particulier pour celles et ceux qui demeurent apatrides ou déplacés. Golam Mostofa, directeur de zone à Cox's Bazar pour Save the Children, affirme : « Les enfants et leurs familles sont confrontés à une insécurité croissante et à une aide insuffisante. Ajoutez à cela de sévères restrictions de mouvement, des possibilités de subsistance limitées, des ressources insuffisantes et des crises de santé mentale, et vous obtenez les conditions d'une catastrophe où les enfants en supportent une fois de plus le poids. » Save the Children fournit des services de protection de l'enfance, un accès à l'apprentissage, à la santé et à la nutrition, à l'eau, à l'assainissement et à l'hygiène, ainsi que la distribution d'abris et d'articles alimentaires à Cox's Bazar.
Plus que des chiffres
Derrière chaque statistique sur le déplacement, il y a des parents qui décident quoi emporter avant de quitter leur maison, des enfants confrontés à des ruptures dans leur scolarité et des communautés qui se tournent les unes vers les autres pour obtenir du soutien. Derrière chaque étiquette se trouve une personne qui cherche à trouver la sécurité tout en préservant sa dignité et son espoir.
En cette Journée mondiale des réfugiés, reconnaître les personnes déplacées de force, c'est reconnaître toute la complexité du déplacement. Cette reconnaissance va au-delà des réfugiés qui franchissent des frontières et inclut aussi les personnes déplacées à l'intérieur de leur pays, les demandeurs d'asile et les personnes apatrides dont l'expérience est souvent négligée.
Ensemble, nous pouvons soutenir les personnes déplacées de force qui ont des besoins urgents. Les membres de la Coalition humanitaire fournissent une aide vitale comme des abris, de l'eau propre, des services d'assainissement, des services de protection, des soins de santé et un soutien aux moyens de subsistance.
Votre soutien peut aider les personnes déplacées de force à répondre à leurs besoins les plus urgents. Cliquez ici pour faire un don dès aujourd'hui.